mercredi 22 août 2007

Chaud-Froid à Antsirabe

L’arrivée à la gare routière d’Antsirabe est l’une des plus agitée du pays pour les passagers des taxi-brousse. On est immédiatement encerclé par des dizaines de pousse-pousse prêts à se brader tellement ils sont nombreux. Antsirabe ne compte presque aucun taxi, ce qui réduit considérablement les nuisances sonores, visuelles ou odorantes dans cette ville située à plus de 1200 mètres d’altitude. Heureusement, ses marchés et ses thermes, réputés dans tout le pays, pallient à son calme relatif.

Mais il y a également autre chose qui déborde d’énergie dans cette ville paisible et réchauffe le climat frisquet de l’hiver : l’association « Grandir’à » où nous avons vécu deux semaines fortes en émotions.

Il était une fois la grande maison blanche au bout du chemin. Il était une fois une femme et les mômes de la rue, Blanche-Neige et ses 14 nains, Mère-Thérésa et les démunis…

C’est l’histoire de Karine, Tanjona, Tina, Joseph, Fanampy, Rija, Mamy, Naina, Rivo et les autres… Ils étaient dans la rue depuis toujours, ces petits hommes aux gueules cassées, aux yeux durcis, aux pieds cornés, rois de la démerde et princes du petit marché d’Antsirabe. Karine, un jour, pose ses bagages dans cette ville, avec son diplôme d’éducatrice en poche. Elle sait que sa place est ailleurs que dans ces structures françaises, où elle ne se sent pas bien. Elle croise le chemin de cette petite bande de crève-la-faim. Et… de petits billets en plats de riz offerts au quotidien, ils s’attachent. Elle à eux, et eux à elle. Elle loue une petite maison, où ils apprennent à vivre ensemble… Elle nourrit sa petite famille sur ses réserves, mais ça ne peut durer… Le cœur en peine, elle doit les rendre à la rue, pour rentrer en France, chercher une solution financière. Elle rentre quelques mois plus tard à Mada, avec une asso « Grandir’a », qui finance maintenant le fonctionnement de la nouvelle maison, la grande maison blanche au bout du chemin !

Beaucoup de personnes travaillant dans le social ou l’humanitaire ont tenté de dissuader Karine en argumentant qu’il n’y avait plus aucun espoir de changer, à leur âge, des adolescents de la rue violents, peu enclins à l’autorité et aux règles. Mais ne voulant en faire qu’à sa tête, elle s’est lancée corps et âme dans le projet dictée par son cœur. En six mois ces garçons, qui n’arrivaient auparavant à rester dans aucune structure d’accueil - car trop désireux de conserver leurs libertés - ne s’enfuient que rarement de leur nouvelle maison, synonyme de sécurité et de cadre.

Ils ont des tâches ménagères à remplir tous les jours et suivent des cours de lecture et écriture dans une pièce de la maison qui leur sert d’école.

C’est là-bas que nous avons rencontré Karine, les 14 jeunes (âgés de 14 à 20 ans), l’équipe de 3 éducateurs, plutôt cuisiniers qu’éducateurs et une cuisinière hors pair, faisant bien plus que la cuisine lorsqu’elle est en contact avec ces adolescents.

Notre arrivée n’est pas une vraie curiosité pour ces gamins, tant mieux. Ayant été constamment en contact avec les vazahas lorsqu’ils vivaient dans la rue, ils ont appris à les connaître. De plus, cet été, ou plutôt cet hiver devrais-je dire, des groupes d’adolescents venus de France, sponsorisés par les comités d’entreprises, débarquent régulièrement à la maison pour passer une semaine en leur compagnie. Et, à la plus grande joie de nos petits malgaches, ces colonies de vacances sont composés à 80% de filles ! Et en regardant les mots qu’elles ont laissés sur leur cahier d’école et sur le livre d’or de l’association, elles ont passé un moment inoubliable, formateur et sans précédent dans leur vie.

Et comme nous l’avons souvent dit durant ces deux semaines, nous n’avons pas l’attrait d’une jeune fille de 17 ans à qui l’on veut montrer sa plus belle et douce facette ! Au moins, nous aurons eu la « chance » de les voir en entier, franc, direct, sans hypocrisie… et non pas juste sous leur meilleur jour.

Mais notre première aventure, disons plutôt mésaventure, commence dès le premier soir où la chambre dans laquelle nous sommes hébergés pendant quinze jours est infestée de puces de parquet. Et, tout comme avec les moustiques, c’est Milie qui reçoit toutes les faveurs et les petites attentions des insectes ! Moi, jamais, même pas une piqûre. Elle, au contraire, se réveille avec plus de 150 boutons de la nuque à la plante des pieds. Et cela va continuer encore comme cela tout le week-end, le temps de trouver un magasin ouvert qui vende de la cire anti-puce et du DDT, le pire insecticide du monde. Et même après cela, on continue d’en trouver dans les draps. Autant dire que ses nuits sont très courtes à force d’être réveillée par les démangeaisons que provoquent leurs morsures. Nous pouvons même nous enorgueillir d’être passé maître dans l’art d’attraper et d’exterminer ces sales bêtes au bout de cette quinzaine !!

Notre deuxième incident survient le deuxième jour de notre arrivée. Nous organisons un dimanche après-midi de festivité où nous voulons jouer notre spectacle et sortir le parachute pour les enfants du centre, pour leurs amis et ceux du quartier. Et voilà que nous nous rendons compte juste avant de jouer que quelqu’un s’est introduit dans notre chambre et nous a volé notre téléphone portable et notre clé USB. Pour cela, il a dû escalader tout un étage avant de rentrer par la fenêtre. Karine nous avait déjà mis en garde de toujours fermer les volets en quittant notre chambre car des vols avaient déjà eu lieu à la maison. D’ailleurs deux adolescents avaient définitivement été expulsés à cause de cela récemment. Mais nous avons suivi son conseil…un peu trop tard.

Préférant tout de même jouer le spectacle plutôt que les policiers, nous ne comptons pas en rester là sans rien faire. Furieuse et dépitée, Karine prive les enfants du repas du soir qui venait d’être préparé jusqu’à ce que l’auteur se dénonce. Rien n’y fait. Nous les laissons alors avec leur conscience le temps d’aller manger au restaurant et de revenir. En rentrant deux heures plus tard, seuls trois enfants dorment à la maison. Les autres sont sortis au petit marché mener leur propre enquête et retrouver le portable. Dans la nuit, certains garçons de la rue, qui avaient assisté au spectacle, ont été amenés de force par nos garçons car ces derniers avaient de forts soupçons sur eux. Du coup, nous menons toute la matinée des interrogatoires sur ces enfants de 5, 7, 9 et 11 ans ! Cela nous fait mal au cœur mais nous n’avons pas le choix. Cependant, malgré leur tout petit âge, ce sont de parfaits menteurs, et malgré la pression et les menaces, les deux plus grands ne lâchent rien. Pire, ils se mettent à pleurer en nous disant qu’ils sont les têtes de turcs des grands parce qu’ils sont pauvres et petits et qu’ils n’ont pas peur d’aller à la police pour s’expliquer ! Leur attitude et l’expression sur leur visage sont plus que convaincantes…

Seulement voilà, les deux petits, plus malléables, nous assurent avoir vu les deux grands jouer avec le portable dans le jardin avant le spectacle et que le plus grand l’a vendu à un poissonnier du grand marché pour… 20 centimes d’euros !! À ce prix-là, pourquoi voler ? Franchement, nous aurions préféré qu’ils l’aient vendu afin de manger pendant un mois sans devoir voler ou travailler.

Nous voilà donc partis à la recherche de ce fameux poissonnier au grand marché… en vain. Plus d’autre choix que la police. Les petits ne sont pas rassurés de cette ultime option. Solo, le plus vieux des voleurs présumés, marche devant nous, avec une allure assurée, en direction du commissariat. Pas parce qu’il est persuadé que nous n’irons pas au bout de nos paroles mais parce qu’il est certain de résister aux pressions des policiers. Mais il déchante vite.

Dès notre arrivée, nous expliquons notre problème à l’officier supérieur. Ce dernier nous demande alors de déposer une plainte contre les quatre enfants et les éventuelles autres personnes impliquées dans cette affaire. Nous retentons de lui faire comprendre que nous ne désirons pas porter plainte, seulement récupérer le portable. De plus, au grand regret de l’officier, les deux petits étaient des témoins et non des coupables. Il faudrait seulement mettre un peu la pression aux deux plus âgés. Deux policiers mettent alors ces derniers dans un trou situé sous un bureau en leur criant dessus et en faisant passer le talkie-walkie pour des appareils à décharge électrique. Méthode que nous n’apprécions guère mais qui a néanmoins permis de les faire avouer en moins de dix minutes. Ils l’avaient bien pris dans notre chambre et l’avaient vendu non pas à un poissonnier mais à une de leur connaissance, Josh, 13 ans. Quelques minutes plus tard, nous sommes dans la Kangoo verte de la police (seuls véhicules officiels avec les combi Wolkswagen) à sillonner les ruelles que Josh a l’habitude de fréquenter. Nous le trouvons sans aucun mal et le gamin se retrouve immédiatement à l’arrière de la voiture où les policiers l’assènent de gifles violentes, à la limite des coups de poing - qu’il aurait reçus si nous n’avions pas été là. Karine connaît bien Josh, c’est un gamin paumé mais pas mauvais. Cela nous fait mal au cœur d’entendre les flics le taper au commissariat et malgré nos remontrances sur leur façon de mener leur enquête l’officier, que nous n’aimons guère, veut nous rassurer en disant qu’ils ne tapent pas vraiment car ils n’ont pas le droit, c’est seulement de l’intimidation…

Josh avoue très rapidement avoir été là lors de la vente du téléphone mais que les enfants n’ont pas donné le bon nom, sans doute par peur des représailles. Ils l’ont vendu à Dog, 15 ans. L’antipathique officier nous demande alors de lui donner de l’argent pour payer l’essence ! « Vous savez, vous êtes à Madagascar ici, pas en France ! ». Un bon gros baratin pour un petit bakchich. Nous le fusillons du regard en lui faisant comprendre que l’on préfère continuer à pied que donner un seul ariary à une police brutale et corrompue. Ils auraient très bien pu questionner Josh dans la voiture et ainsi retrouver Dog dans la foulée. Ils ont préféré se défouler sur Josh pendant une heure et laisser filer un portable qui passait, pendant ce temps-là, d’une main à une autre et faisait monter les enchères quelque part dans Antsirabe.

Il est vrai que la police en France ne se démènerait jamais autant pour retrouver un téléphone portable, même s’ils pensent avoir mit la main sur un réseau. Mais cette police, qui se veut officiellement « irréprochable » avec ceux qu’elle arrête, est loin d’être une police exemplaire dans ces méthodes et ses réflexions.

Après avoir passé deux heures à marcher dans tout Antsirabé, à rentrer dans les bidonvilles en compagnie de la police, à se faire dévisager au petit marché (repère des malfrats du coin), nous espérons avec Karine que cette histoire n’aura aucune retombée sur nous et sur les enfants du centre. Les nouvelles circulent très rapidement dans cette ville où tous les démunis connaissent Karine.

La police arrive enfin à mettre la main sur Dog et nous rentrons une fois de plus au commissariat. Cette fois, c’est presque un passage à tabac de la part de nombreux policiers présents, aussi bien hommes que femmes. Ils sortent du bureau avec un énorme sourire sur leur visage et un bâton à la main qu’ils donnent chaleureusement au prochain collègue voulant se défouler sur un petit voleur, qui plus est, un gamin de la rue. Nous en avons assez de tout cela, nous voulons que cela se termine le plus vite possible. Mais nous ne disons rien, trop dégoûtés par la tournure que les événements ont pris et trop dégoûtés par nous mêmes d’être incapables d’arrêter ces salops qui ont la loi avec eux et qui, malgré tout, font cela pour nous. Alors nous attendons à côté de nos trois petits voleurs. Nous voulons prendre dans les bras les deux plus jeunes qui sont de plus en plus terrorisés par ce qui se passe autour d’eux, mais nous savons que nous ne devons pas. Si nous sommes là tous ensemble, c’est bien à cause d’eux et ils doivent réaliser à cet instant précis les conséquences de leurs actes.

Un policier vient nous voir. Il nous dit que Dog avait encore le téléphone à midi mais qu’il l’a revendu à Gérard, 17 ans, pour 10000 ariarys, soit 4 euros. Seulement voilà, la police ne peut interpeller un suspect après 19h. Ils débarqueront chez lui à 5 heures du matin. Mais pour créer la surprise, ils incarcèrent Dog pour la nuit. Pas bête les flics. Sauf qu’à côté de cela, ils libèrent Josh, Solo et Feno en les somant d’être au commissariat à 8h00 le lendemain matin !! Pire, les policiers osent nous demander de nous porter garants d’eux pour la nuit - à cause de leur jeune âge – afin qu’ils respectent leur engagement : « Comme vous les connaissez, vous pouvez les faire dormir chez vous par exemple » Pas culottés les flics ! Après leur avoir déjà payé un déjeuner et leur premier tour de bus de leur vie (pour se rendre au grand marché), on va sûrement inviter nos voleurs à venir dormir chez nous !!

Seul Super Officier était contre cette idée. Heureusement, il apprend la nouvelle trop tard. Les gamins ont déjà quitté l’enceinte du commissariat. Sinon, ils auraient eux aussi dormi en cellule - même si, nous devons le reconnaître, cela aurait été la plus logique des choses à faire - afin qu’ils n’aillent pas alerter ce fameux Gérard.

Le lendemain à 8h00 précises, les enfants ne sont pas là et les policiers sont en train d’interroger, avec leur « savoir faire », Gérard. Au bout d’une demie heure de cris, de coups et de rires, les policiers nous font savoir que le téléphone a quitté les mains de Gérard hier soir pour un autre receleur, Fab 17 ans, en échange de 17000 ariarys.

Les policiers tentent alors d’alors chercher ce Fab en ville. Nous pouvons attendre des heures avant qu’il le retrouve et ce temps nous ne l’avons pas aujourd’hui. Cette histoire a retardé les ateliers, l’école et Karine dans son emploi du temps chargé. Nous demandons alors au « sympathique » officier de nous appeler dès qu’ils auraient du nouveau mais il rétorque en disant qu’il n’a plus de crédit sur son téléphone !!

De plus, le grand commissaire de la police d’Antsirabe nous fait comprendre que s’il fallait continuer l’enquête, je devais absolument porter plainte contre tous les gens impliqués dans l’affaire, aussi bien les petits voleurs que les gros receleurs susceptibles d’être interpellés. Et aussi malfrats et notoires que ces derniers pouvaient être, les enfants de 9 ans allaient recevoir la même peine qu’eux. C’est à dire de la prison ferme et pour un bon moment. La police déteste les enfants de la rue et les voleurs. Le seul moyen de changer cette ville ou leur vie, c’est de les écarter de l’ordre public. Nous refusons catégoriquement de signer quoi que ce soit qui détruirait la vie de ces gamins, malgré tout ce qu’ils ont pu nous faire. Le commissaire, énervé par le fait que nous tenons tête à ces arguments stupides et par notre refus de porter plainte, nous dit alors de nous débrouiller tous seuls à présent parce qu’il n’allait plus faire perdre le temps de ses employés à cause de nous. A notre grand soulagement, les policiers retirent les menottes à Gérard, laisse sortir Dog de cellule et averti Solo, Josh et Feno – arrivés en temps avec une heure de retard – que s’ils devaient les recroiser au commissariat pour une affaire similaire, ils seraient encore moins « gentils » avec eux.

Nous sortons avec les cinq nouveaux libérés du commissariat et nous les prenons à part un peu plus loin. Enfin, à part est un très grand mot. Dans un pays où tout le monde se mêle de tout et surtout de ce qu’il ne le regarde pas, nous nous retrouvons vite entourés par une dizaine de personnes. Dès que nous réussissons à en faire partir quelques uns, ce sont deux fois plus qui arrive.

Bref, nous faisons comprendre à ces enfants qu’ils ont eu beaucoup de chance de tomber sur nous et que nous voulons tout de même la monnaie de notre pièce. Ils ont 48 heures pour mettre la main sur ce portable, sinon on hésitera pas cette fois à porter plainte. Si seulement les petits nous avait dit la vérité dès le départ, nous aurions vu Dog ou Gérard avant la vente et personne n’en serait là aujourd’hui. Cet appareil n’est pas d’une grande valeur, mais nous avons tous les numéros importants pour la suite de notre voyage et sans lui personne ne peut nous contacter. Nous ne voulons pas encore bloquer la puce car nous gardons un infime espoir. Les gamins acquiescent en nous remerciant sincèrement de les avoir sorti de là.

Deux jours plus tard, nous nous rendons avec Karine au petit marché, lieu du rendez-vous. Personne. Comme par hasard. Ça s’annonce mal. Le temps est élastique à mada.

Nous nous mettons à leur recherche et rapidement nous apercevons Josh assis sur les escaliers d’un bâtiment avec un chiot dans les mains. Il a l’air serein. Il le devient beaucoup moins à notre arrivée. Nous le sommons de partir à la recherche des autres. Au coin de la rue, nous retrouvons Solo et Feno traînant avec deux amis. Et voilà que les trois partent à la recherche des deux ados tandis que nous les attendrons dans un bar non loin du marché. Ils ont 20 minutes.

Près d’une heure plus tard, ils reviennent seulement avec Dog. Nous apprenons alors que Gérard aurait quitté Antsirabe pour partir dans sa famille à Fianarantsoa, à 280 kms au sud ! Et il aurait emmené avec lui plus de 60000 ariarys, l’équivalent d’un bon mois de salaire malgache, le temps de voir venir jusqu’en septembre et surtout de faire passer beaucoup d’eau sous les ponts. Ainsi, nous ne pouvons porter plainte ni contre lui, ni contre les autres. Info ou intox de la part de parfaits menteurs, nous arrivons au même constat : nous ne reverrons pas ce téléphone et nous ne pouvons rien faire de plus. Il ne nous reste plus qu’à les avertir de ne plus s’approcher du centre à l’avenir et les sermonner sur toute cette histoire en espérant que cette dernière leur fera prendre conscience de la nécessité de gagner de l’argent en travaillant plutôt qu’en volant.

Quelques jours plus tard, je vois Feno en train d’aider cinq adultes à pousser une charrette pleine de fagots de bois dans les rues d’Antsirabe. Est-ce que ce petit, sans doute le plus marqué par son passage au commissariat, avait enfin compris la leçon ? Ou fait-il déjà cela depuis longtemps, comme tous les gamins de la rue qui font des petits boulots, par-ci par-là, pour survivre ?

Difficile à dire. Mais cela me fait vraiment plaisir de le voir là même si ces adultes n’ont pas vraiment besoin de la force physique d’un gamin de 9 ans.

A quelques mètres de là Josh est en train de lézarder devant la gare comme à son habitude. Il y a des choses qui changent et d’autres… pas.

Mais le pire déboire que nous allions connaître restait à venir.

Nous rentrons du restaurant vers minuit et voilà qu’arrive Naina avec Rivo en vélo en même temps que nous. Naina avait reçu l’autorisation exceptionnelle de sortie pour rejoindre sa famille pour le fahamidena ( ?), le retournement des morts. Cette tradition nationale consiste à ouvrir le caveau familial afin de nettoyer les os d’un défunt de la famille - enfant, parents, aïeux – et les remettre dans un linge propre. C’est alors l’occasion de réunir tous les membres de la famille et offrir une énorme fête à tous les invités et au village. Des orchestres de musiques sont même loués afin de mettre l’ambiance pendant les deux jours.

Juillet et août sont les deux mois où les fahamidena sont les plus nombreux à Antsirabe. C’est aussi un bon prétexte pour nos ados de sortir du centre car ils ne peuvent le quitter de toute la semaine, aussi bien la journée que la nuit.

Karine commence à demander à Rivo pourquoi il était sorti et surtout pourquoi ils rentraient ensemble à une heure aussi tardive. Naina, l’un des aînés du groupe, aussi intelligent que nerveux, commence à s’en mêler. Il commence même à parler avec un langage plus que familier en malgache à Karine. Le ton monte entre eux et voilà que Naina balance le vélo tout neuf du premier étage de la maison. Ni une, ni deux. J’interviens alors en lui disant qu’il ne dormira pas là ce soir. Réaction sûrement due aux vestiges mémoriels de mon ancien travail de surveillant dans un centre d’hébergement d’urgence à Lyon. (Bonjour au passage aux ex-futurs collègues)

Naina commence à me répondre violemment et à être bien agressif envers moi. Normal, je ne suis pas un éducateur et de plus je suis le seul homme adulte de la maison. Nos yeux sont à un peu moins de 20 cms. Je peux sentir l’odeur du rhum qui émane de sa bouche qui m’assène d’insultes. Je ne me laisse pas faire. Pire, une petite claque s’échappe de ma main gauche. Et là c’est le drame, tout s’enchaîne.

S’ensuit alors un combat de coq pendant près d’une heure où Naina s’est complètement métamorphosé en une boule de fureur. Je repousse chacun de ses assauts, sans toutefois qu’il ne décoche un seul coup de poing ou pied. Karine tente de nous calmer mais, comme lui, l’alcool ne me calme pas, au contraire. J’ai le poing tendu et je n’aime vraiment pas ça. Je pense aux techniques de gestion des conflits verbaux et physiques que je suis sensé adopté dans ces cas, milie tente de me raisonner, mais rien n’y fait. S’il me touche, je frappe ce gamin de 16 ans. Je ne veux pas mais je sens que j’en serai capable. C’est l’une des rares fois que ces émotions m’habitent et je me déteste de penser ainsi. Il est maintenant persuadé que j’ai insulté sa mère et son état empire. Je me souviens que dans notre engueulade une insulte comme « va te faire foutre » est sortie de ma bouche mais c’est tout. Les autres enfants restent spectateurs de la foire qui se passe sous leurs yeux. Ils réagissent à peine quand Naina fait tomber Karine à terre alors qu’elle tentait de s’interposer. Là, c’est Milie tremblante qui m’arrête, sinon je crois que je lui rentre dedans et c’est exactement ça qu’il cherche. Que je donne le premier coup.

Karine me demande de rentrer discrètement dans la chambre pendant qu’elle détourne son attention, ce que je fais. Elle tente en vain de le calmer mais il ne cesse de répéter en boucle pendant près d’une heure « je suis malgache, il est vazaha, pourquoi il insulte ma maman, où est Luis ? ». Sa mère est atteinte d’une grave maladie dont personne n’est certain de son issue. Et Naina a le cœur rongé par la douleur, la peur, la haine et son impuissance à guérir sa maman. Et voilà qu’il voit en moi le symbole de tout cela, en plus de trouver quelqu’un qui veuille lui mettre un cadre, sans parler de l’effet du rhum sur un enfant de 16 ans.

Enfermés Milie et moi dans la chambre, nous espérons qu’il va se calmer. Karine lui disant que nous sommes partis à l’hôtel. Mais il n’est pas dupe et je pense que les autres ont dû lui dire que nous sommes restés. La solidarité des enfants de la rue. Ils nous aiment bien mais Naina est comme le grand frère de toute la communauté. Lorsqu’il est calme, c’est un garçon très attachant, vif et responsable malgré ses rares sautes d’humeurs. Mais avec une saute d’humeur comme celle-ci, personne ne l’avait jamais vu, ni Karine qui le connaît depuis plusieurs années (et qui est un peu son enfant préféré), ni les autres qui le côtoient depuis bien plus longtemps.

Il se met maintenant à enfoncer la porte de Karine qui ne veut pas lui ouvrir, espérant par là qu’il se lasse de répéter sa seule et unique maxime de la soirée : « je suis malgache, il est vazaha, pourquoi il insulte ma maman, où est Luis ? ». Il trouve, à l’intérieur de la chambre sans verrou désormais, trois bouteilles d’un litre de THB, la bière malgache, que nous avions achetées à l’occasion du fameux dimanche de fête au centre. Karine, terrorisée par son état, n’a le temps que d’en envoyer deux par la fenêtre afin qu’elles se brisent au sol. Mais il arrive à prendre la dernière qu’il boit cul sec. C’est alors la deuxième transformation de Naina de la soirée. Il est 3H00 du matin.

Et maintenant il s’en prend à notre porte. Il la défonce en trois coups de pied. Karine part chercher les enfants qui sont repartis se coucher entre temps au rez-de-chaussée. Mais mauvaise surprise pour lui, je suis toujours décidé à ne pas calmer le jeu, vu son état, c’est trop tard. Il veut ma peau. À sa grande surprise, je le repousse de la chambre avec ma chaise en guise de bouclier. Cet objet est sûrement le meilleur outil de défense qui existe. Personne ne peut s’approcher de vous et l’on peut toujours frapper grâce aux pieds de la chaise. D’ailleurs c’est ce que je fais involontairement en le touchant légèrement à la cuisse. Là, il comprend que je plaisante pas non plus et qu’il ne me touchera pas, à son grand désespoir. Je le repousse jusque dans le hall comme ça. Il tente vainement de m’envoyer son bâton de bois mais je me protège derrière ma chaise. Les autres arrivent dans le salon et il ne faut pas moins de trois personnes, Karine, Milie et Robert le plus costaud de tous, pour immobiliser Naina. Il arrive à libérer une main pour envoyer des pots de fleurs et des vases à l’autre bout la pièce où je me trouve près de ma chaise. Puis il s’agenouille en criant sur le sort de sa maman. Une véritable crise de nerfs sans précédent dans sa vie. Tout le monde se met à le consoler mais aussi à lui faire comprendre que je n’ai pas insulté sa mère, et qu’il risque gros à agir de la sorte.

Ce n’est qu’avec l’arrivée de ses parents à 4h00 du matin, alertés par un des gosses du centre, que Naina retrouve son calme. Ils lui parlent doucement, sans lui crier dessus ou le gronder. Ils ont simplement répété ce que tout le monde tentait de lui dire. Le fait qu’il doit apprendre à maîtriser ses nerfs, qu’il serait dommage de gâcher cette extraordinaire chance de pouvoir avoir un toit, une éducation et à manger – chose qu’eux mêmes ne peuvent lui offrir. Il sait tout cela, tous le savent ici. Seulement parfois ils l’oublient… parce qu’ils s’oublient.

Naina me fait ensuite ses excuses les plus humbles avant de nous prendre, Milie et moi, dans les bras. Cette histoire aura renforcé nos liens avec lui par la suite. Son comportement aura été des plus exemplaires à l’école, dans les tâches de la maison et dans ses relations aux autres.

Fort heureusement, ces petites mésaventures ne représentent pas notre séjour à Antsirabe, qui fut aussi empli de merveilleux moments. Pendant que Luis écumait les commissariats, Milie faisait la maîtresse :

Le seul projet que nous ayons réellement mené à bien dans cette maison avec l’investissement le plus total des garçons fut l’école. Nous n’avions jamais évoqué cette possibilité lors de nos contacts par mails avec Karine. Mais à notre arrivée, elle nous raconte ses aventures avec sa désastreuse équipe encadrante, et notamment avec l’institutrice malgache qu’elle a dû virer en juin. La maîtresse ennuyait terriblement les garçons qui du coup le lui rendaient bien, la guerre était déclarée entre eux, et les apprentissages en déroute… Séduite par le challenge, je lui propose aussitôt de rouvrir l’école pendant les deux semaines où nous serons là, j’assurerai les cours tous les matins tandis que les répétitions du spectacle auront lieu l’après-midi !

Les garçons ont des niveaux très différents et Karine a déjà fait un gros travail d’évaluation qui lui a permis de constituer 3 groupes :

- Le groupe 1, c’est-à-dire Joseph, Alain, Naina, Michel, Robert et Mamy, ont tous déjà été scolarisés à un moment donné par leurs parents. Ils savent lire couramment, mettre du sens dans leur lecture. Avec eux, j’ai plutôt travaillé le vocabulaire, la grammaire, la conjugaison, l’utilisation du dictionnaire. Veillant à la fois à inclure des jeux dans mes cours (des cadavres exquis pour réinvestir les compléments circonstanciels par exemple), et à exiger une certaine rigueur lors de la première séance, je peux dire que la suite s’est assez merveilleusement bien passée. Mes 6 grands élèves étaient d’une application rare (tirant la langue pour soigner leur écriture) et dévoilaient une envie d’apprendre boulimique. Une expérience sans précédent pour moi et des plus formatrices !

- Le groupe 2, composé de Rivo, Tanjona, Rija et Donne, presque alphabétisés car déjà scolarisés, mais pas vraiment lecteurs pour autant. Et enfin le groupe 3, Fanampy, Tina et Bôlô, qui n’ont jamais été scolarisés et qui de plus comptent parmi les plus âgés de la maison (Fanampy et Tina ont 17 ans, plus qu’un an avant leur majorité, un an avant de commencer à travailler, un an pour apprendre à lire !). J’ai proposé les mêmes activités aux groupes 2 et 3, en mettant plus d’aides à la disposition du groupe 3. La première séance était constituée de jeux de lecture autour des prénoms des garçons (mots cachés, lettres mélangées, pendus, etc…), le but étant d’utiliser un lexique qu’ils maîtrisent bien et avec lequel ils ont un lien affectif fort, afin de les sécuriser. Et ça n’a pas mal marché, ils se sont dits « c’est possible ! Je comprends ce qu’on me demande, je peux réussir à l’école » et c’était gagné pour la suite. J’ai ensuite procédé un peu comme pour une classe de CP, mixant la reconnaissance globale des mots par l’étude de textes simples (en veillant toujours à créer des textes qui parlent d’eux et de ce qu’ils font à la maison) et l’apprentissage des syllabes afin de les amener au déchiffrement. Charabia d’instit diront certains, pour traduire ils ont commencé à apprendre à lire. Maintenant, il faudra nécessairement que quelqu’un prenne la suite en septembre !

Le souci de Karine étant de trouver quelqu’un de compétent ce qui n’est pas chose facile. Pour être enseignante en primaire à Madagascar, il suffit d’avoir son BEPC, donc aucune formation pédagogique. Il y a un savoir-faire qui manque cruellement, et encore plus avec des ados de la rue évidemment !

J’ai tenté de laisser un maximum de traces de ce que je faisais, j’ai même tenu un cahier-journal des activités menées (tout comme en France), et surtout des tonnes d’affichage, témoins des savoirs. Si Karine trouve quelqu’un d’un tant soit peu motivé, il lui suffira de continuer ce qui a été amorcé…

Et pendant ce temps-là Luis, lui, a construit un précieux outil pour la classe, un magnifique abécédaire franco-malgache illustré. Aidé de quelques gamins talentueux, il a dessiné pour chaque lettre de l’alphabet, l’image d’un mot français et d’un mot malgache ayant cette initiale ! Un sacré boulot, mais quel bonheur lors de l’affichage de voir cette salle vide et un peu sombre, s’orner d’aides et de couleurs !

Nos après-midi furent un peu moins glorieux… L’objectif que nous nous étions fixé Luis, Karine et moi, était de profiter des 2 semaines pour créer un spectacle avec les 14 garçons, qui serait joué la veille de notre départ. Cette date correspondait avec l’arrivée du groupe 3 de jeunes français, constitué à 75% de demoiselles, ce qui selon nous, constituait un public qui avait tous les atouts pour motiver nos gars !

Que nenni ! Nous n’avons pas réussi réellement à analyser le pourquoi du comment, je ne me l’explique encore pas aujourd’hui… Ce projet était peut-être trop celui des adultes… Mais, alors que ces gamins adorent jongler, qu’ils sont de redoutables acrobates, qu’ils chantent comme des dieux, il a été impossible de répéter. Certains avaient, subitement, à l’heure de la répét, une tâche très importante à réaliser (linge à laver, repas à préparer, seaux à puiser…), d’autres s’enfuyaient préférant traîner au petit marché, d’autres encore (plus honnêtes finalement !) s’allongeaient au soleil refusant de participer. Un désastre ! Nous avons tenu bon 7 après-midi, pagayant seuls à contre-courant, cadrant, obligeant, motivant, … Rien n’y fit. Nous avons lâchement abandonné le projet, quittant de ce fait la maison 3 jours plus tôt que prévu. Un cuisant échec pour nous, mais qui nous laissait le temps (ce qui devient une denrée rare pour nous) de nous consoler en amoureux, et de passer 4 jours dans un lieu paradisiaque pour fêter mon anniversaire…

Voici donc comment nous nous sommes retrouvés à Mahambo, ex petit village de pêcheurs, devenu paisible village touristique. Situé sur la côte est de Madagascar et donc enclin à recevoir les cyclones dès le mois de décembre, ce havre de paix reste l’endroit idéal pour passer 4 jours en amoureux, en hiver ! Nous avons explosé notre budget, craquant totalement, on peut dire que nous nous sommes fait plaisir ! Une vraie mauvaise « novela » sud américaine : nous avons marché main dans la main sur de longues plages désertes, nous avons fait l’amour du matin au soir, nous nous sommes payé un superbe bungalow avec vue sur la mer (attention là, pas version club-med, mais plutôt la grande classe), nous nous sommes délectés de mets délicieux, nous sommes partis à la pêche à la palourde à marée basse, nous nous sommes baignés dans des eaux chaudes et turquoises et nous avons roupillé comme des bébés, éveillés chaque matin par les seuls chants des oiseaux. LE BONHEUR TOTAL !!! Nous avons surnommé ces quatre jours, le week-end farniente-baise-bouffe ! C’était on ne peut plus restructurant, avant la tournée qui commence à Ste-Marie le 15 août et qui finit le 31 octobre, sans un seul petit jour de congé au programme.


ANDARNE ET ABERNE

mercredi 1 août 2007

10 jours dans la capitale !



Nous sommes arrivés le mardi 17 juillet à Tana en caressant l’espoir d’en partir le mardi 24… Une semaine pour résoudre ce problème de visa, cela ne nous paraissait pas trop ambitieux ! Nous avions, au préalable, contacté Julie, une amie de Mathieu. Julie travaille à l’ambassade, dans le secteur humanitaire, elle connaît de nombreuses assos et ONG, avec lesquelles nous pouvons organiser des après-midi de spectacle-parachute, histoire de patienter. Parce que de la patience, il nous en faudra, nous le savons !

Hors Julie part en vacances cette semaine ! Elle nous laisse donc les coordonnées de Michel Doxis, un ami à elle, artiste-plasticien haïtien, qui nous mettra en contact avec les assos et qui se propose de nous loger. Chic type, nous disons nous !

Michel est donc venu nous chercher à notre arrivée. Quelle ne fut pas notre surprise en pénétrant dans sa grande maison,


de réaliser que nous nous trouvions chez l’auteur des sculptures en papier mâché, que nous avions tant appréciées, lorsque nous avions vu son expo en mars dernier au CCAC (Centre Culturel Albert Camus, LE lieu culturel de la ville).

Sa maison et celle de son gardien sont de vrais musées, emplies de masques, bestioles, lampes à 3 pattes, toiles et Cie. Toute la famille expose dans le petit nid. Michel fait plutôt de la sculpture, Isa sa femme est peintre et leurs 2 filles de 2 et 7 ans, s’y mettent aussi. Résultat, chez eux, c’est la caverne d’Ali Baba, il y a des couleurs partout, et nos yeux sont émerveillés. C’est ici que nous allons dormir ?

Après avoir posé nos bagages, nous chevauchons la belle express de Michel, qui nous emmène au local d’Ankiz’art. Il y a quelques années, Michel a créé Ankiz’art, une association d’artistes qui intervient dans 8 structures différentes (orphelinats, centres d’accueil de jour, MJC…) pour proposer des animations d’expression artistique. Michel nous laisse donc avec Lorraine, la nouvelle administratrice, et les animateurs. Nous expliquons ce que nous pouvons proposer, ils vont essayer de trouver des structures où les enfants sont encore là, car fort heureusement pour eux, beaucoup sont partis en vacances ! Au final, nous interviendrons dans 4 structures différentes pour le spectacle et pourrons sortir le parachute seulement dans l’une d’elles, faute de place dans les 3 autres. Nous avons reçu un très bel accueil encore une fois. Nous nous sommes produits dans des quartiers populaires de la ville, réalisant ainsi que le niveau de pauvreté est bien pire dans la capitale que partout ailleurs dans le pays, ce qui doit être un fait international !

La première mission administrative a été de retrouver la nouvelle carte bleue de Luis, qui avait été envoyée par sa banque à la société Générale d’Antananarivo. Sa carte avait disparu dès notre départ de Tanambé en mai dernier. Depuis, on voyage avec une seule carte bleue, pas très pratique. On a fait immédiatement opposition…deux mois après l’avoir perdue ! Une première carte avait été envoyée par la SG d’Hérouville à son homologue malgache. Mais 15 jours plus tard, elle était retournée à son expéditeur pour des raisons inconnues. Une deuxième carte a été alors envoyée à Tana précisant qu’on viendrait la chercher mi-juillet, enfin c’est ce que l’on croyait. Il aura fallu deux longs jours pour aller d’agence en agence, de service carte bleue en service étranger en passant par le service courrier, pour qu’on nous dise au final qu’effectivement la SG avait bien reçu l’accusé de réception de la lettre contenant cette fameuse carte bleue qui en avait fait jaser plus d’un, qu’elle avait fait le tour des services à la recherche d’un Luis-Miguel FUSTE, mais qu’ils n’arrivaient pas à mettre la main dessus aujourd’hui, comme par hasard. « La secrétaire du Directeur Général, en repos jusqu’à demain, sait sûrement où elle se trouve. On vous rappelle sans faute » Mouai…

Côté démarches visa, ce fut un peu plus périlleux. Nous avons commencé par nous rendre à l’alliance française, où nous avons rencontré Géraldine et Rachel, nos principales interlocutrices, qui nous ont remis les 2 précieuses lettres (« attestation de prise en charge » et « lettre d’invitation » signées du grand DG lui-même avant son départ en vacances) qui devaient nous permettre d’obtenir le crédit de Mr Tony, responsable des visas de courtoisie au Ministère des Affaires Etrangères, s’il vous plait ! Nous avons rencontré ce même jour la directrice adjointe, Danièle Paris, qui très emballée par le projet et passionnée de théâtre, nous glisse à la fin de notre entrevue « Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à venir me voir », ce n’était pas tombé dans l’oreille de 2 sourds !!!

Le lendemain nous nous rendons donc chez Mr Tony, armés de nos 2 belles lettres à en-tête. Ce brave fonctionnaire, examine le tout et nous répond que notre dossier est parfait, qu’il manque seulement une « note de service » de l’ambassade française, que sans cela il ne peut rien faire. « C’est la procédure ! » affirme-il. Pas de problème Monsieur Tony, nous nous étions préparés psychologiquement, à des renversements de situation de ce type, nous gardons le sourire et notre calme et nous rendons de ce pas à l’ambassade de France, l’éternelle protectrice des français expatriés, notre sauveuse, c’est certain ! Après avoir déposé passeports et couteau suisse à l’entrée, nous pénétrons dans les murs de ladite ambassade, une secrétaire nous reçoit, nous répond qu’une note de service est très facile à faire. Ce qui est compliqué, c’est de la faire signer par le chancelier. Elle va donc se renseigner auprès de ses supérieurs, en omettant de fermer la porte du bureau. Nous pouvons donc profiter pleinement des remarques de sa très aimable supérieure, qui s’écrie que c’est impossible, même pour les stagiaires de l’ambassade, on ne peut faire de note service, ce titre étant réservé exclusivement aux diplomates. La pauvre secrétaire revient donc nous confirmer ce que nous savons déjà, en gros démerdez-vous, nous ne pouvons rien faire pour vous. Nous lui glissons quand même au passage, que cela nous paraît un peu étrange que Mr Tony nous ai demandé cette note, sachant que nous sommes des clowns et pas des diplomates, ce à quoi elle nous répond qu’il doit être incompétent, que cela reste impossible, sympa pour lui. Merci l’ambassade française, on se sent vraiment épaulés à l’étranger, c’est rassurant !

Retour donc au point de départ, résumons. Le seul moyen d’honorer la tournée que Mathieu nous a organisé, c’est d’avoir un visa qui va jusqu’à la fin du mois d’octobre, hors le nôtre expire le 29 juillet, soit dans moins de deux semaines.

Le lendemain nous partons donc pour le ministère de l’Intérieur, comme nous l’avait « conseillée » l’ambassade, si nous voulons un visa de plus de trois mois. Et, oh surprise ! L’intérieur ne peut rien faire pour les étrangers ayant un visa touristique. Il n’y a que le ministère des affaires étrangères qui peut faire en sorte de prolonger notre séjour par le biais d’un visa de courtoisie. Le serpent vient de se mordre la queue !!

Exaspérés par ce triangle magique parfait que sont les administrations « francon- malgache », nous décidons de faire appel à notre sauveuse de l’alliance française, Mme Paris. Elle tient à nous rassurer en disant qu’à Madagascar, il faut parfois une bonne nuit de sommeil pour que tous les problèmes se délient d’eux-mêmes ! Bah voyons !! Et bien, croyez le ou non, le lendemain matin, en allumant le téléphone portable, après une bonne grâce matinée, nous avions un premier message du siège social de la Société Générale d’Antananarivo nous disant que ma carte bleue avait été retrouvée et un deuxième de Mme Paris heureuse de nous apprendre qu’elle avait réussi à convaincre l’ambassade, par je ne sais quel moyen, de nous faire cette fameuse note de service. Comme quoi, notre fameuse « théorie du trampoline » prouve une fois de plus que plus on s’enfonce, plus haut on rebondit !

En attendant nos visas, nous profitons du premier championnat national de Slam de Madagascar. Tous les meilleurs slameurs du pays ont rendez-vous pendant une semaine entière dans la capitale. Des éliminatoires au CCAC jusqu’à la grande finale en simple ou par équipe à l’Alliance Française, des « scènes ouvertes » dans des bars branchés à des ateliers gratuits dans des centres d’accueil pour enfants des rues, férus de cet art depuis quelque temps, le slam est partout à Tana. Et, bien que la plupart des soirées ou après-midi se passent en petit comité (une cinquantaine de personnes minimum), le slam attire vraiment de plus en plus de monde dans le pays et se déroule toujours dans une ambiance très chaleureuse. Malheureusement, beaucoup de très bons slameurs n’ont pu rejoindre cette grande première car cette semaine coïncidait avec celle des examens du baccalauréat. Non pas que les organisateurs aient négligé ce détail fort important mais les dates du bac ont été délivrées il y a seulement trois mois, soit un mois après avoir fixé la date du championnat. Malgré tout, nous avons pu écouter des styles très différents, se délecter des très beaux textes militants ou d’amour, en français ou en malgache, voir de très bons slameurs qui, par leur voix ou leur attitude sur scène, réussissent à capter l’attention de toute une salle, et nous rendre compte que les malgaches ont bien leur place dans les championnats du monde de slam.

Dernier jour à Tana et dernière chance pour nous de récupérer nos visas avant le week-end et surtout avant leur expiration Dimanche. Après quoi, nous serons des « sans papiers » !!!

Le Ministère des Affaires Etrangères (MAE) vient à l’instant de recevoir nos passeports et la note de service tant attendue depuis une semaine. Il est vrai que l’ambassade est surmenée de travail pour écrire un simple bout de papier et apposer une signature. Il leur aura fallu 4 jours pour le faire ! Et maintenant nous devons attendre 72 heures pour que le MAE colle une étiquette sur le passeport, le tamponne, nous mette sur leur registre et nous le délivre !! Mora mora à Mada. En attendant, le MAE nous a délivré un récépissé de dépôt de dossier au cas où l’on se fasse contrôler par les autorités. Il paraît que certains policiers à Tana ne sont vraiment pas tendres avec les étrangers, quels qu’ils soient, n’ayant aucune preuve sur eux d’un séjour valide. C’est illico en cellule de rétention avant de prendre le charter pour son pays d’origine. Ça me rappelle un pays mais je ne me souviens plus lequel…

Du coup, nous allons devoir revenir d’Antsirabe mercredi prochain, nous coltiner plus de 7 heures de taxi-brousse aller-retour, pour aller récupérer nos passeports. Mais bon, n’allons pas nous plaindre, certains attendent des semaines ou des mois entiers pour obtenir ce visa de courtoisie.

En sortant du MAE, nous avons assisté à la nouvelle politique dramatique du président Ravalomana. Non content d’avoir dissout l’Assemblée nationale cette semaine, car de plus en plus de députés commencent à franchement contester sa façon de diriger le pays, le chef de l’état a décidé d’éradiquer tous les commerces illégaux. C’est-à-dire tous les milliers de personnes qui tentent de survivre en vendant tout et n’importe quoi chez eux ou dans la rue. Conséquence visible ce matin : Toutes les habitations de fortune, en brique ou en bois, des pauvres gens qui résident dans le quartier où se situent tous les ministères - et le plus vilain Hilton de toute l’histoire de l’humanité - ont été complètement rasées par les bulldozers, sous la bienveillance de l’armée. Scène d’horreur où ces centaines de personnes, parquées le long de la berge avec leurs derniers biens, assistaient avec impuissance à la destruction en quelques minutes de ce qu’ils avaient construit de leurs propres mains pendant des années ; et où des centaines d’autres - dont nous - situées de l’autre côté de la berge, assistaient apathiquement à ce spectacle révoltant en se demandant à quoi, et à qui, cela servait-il et surtout ce qu’il allait advenir de ces nouveaux sans abris à qui le gouvernement n’a proposé aucune solution d’hébergement. Voilà la notion de progrès économique et social et la nouvelle politique d’urbanisation de la capitale « made in Ravalomana ».

A Antananarivo, le président de la république a fait reculer la misère… de 5 kilomètres. Plus officieusement, les jeux des îles (l’équivalent des J.O de l’Océan Indien) se déroulent cette année à Tana au mois d’Août. Alors on nettoie la ville de quelques saletés encombrantes.

Les Clowns.

P.S : On a enfin reçu des nouvelles de Tanambé, le petit village où notre aventure malgache a formidablement débuté. Tout le monde va bien. Ils sont impatients de nous retrouver vers Tamatave ou Sainte Marie fin août et ont une belle surprise pour nous. Devinez laquelle ?? Ma carte bleue était restée dans un placard qui nous servait de coffre-fort !! J’appris la nouvelle le lendemain de la restitution de ma nouvelle carte bleue. La boucle est bouclée et le serpent se mord une nouvelle fois la queue !!

dimanche 22 juillet 2007

Mahajanga, parc naturel, formation et spectacles, corruption et tourisme sexuel, tournée nationale.

Manaone Tompoko,

Bon, le Loulou en a marre de passer ses soirées à rédiger des articles que personne ne lit de toute façon (à part Fantouz, Lita, Cath et nos amis mahorais !), alors il me demande de prendre le relais. Grâce à mon esprit synthétique (a-t-il dit !), je devrais réussir à dire en quelques mots ce qu’il est advenu de nous à Mahajanga…

Mahajanga, la ville au nom qui sonne bien à l’oreille, où le plus gros baobab du pays (14 mètres de circonférence) sert de rond-point sur la corniche, ville au climat clément toute l’année, protégée des cyclones en été et où les températures restent douces en hiver… Bref, un petit coin de paradis où il fait bon vivre, voire même où l’on songerait volontiers à poser ses valises ! Mais, car il y a toujours un « mais », à partir de début juillet, elle devient la côte d’azur version malgache, le lieu de vacances des tananariviens (les parigos !), sans compter tous les vazahas, et perd drôlement de son charme !



À notre retour des Comores, nous avions 4 jours devant nous, avant le début des stages que nous animions, l’occasion de partir un peu à la découverte du pays (c’est-à-dire de visiter autre chose qu’un orphelinat, une école ou une alliance française !!!). Direction le parc national d’Ankarafantsika ! 2 jours très chers pour notre petit budget serré, mais un bon bain de nature ! Nous avons pu observer de nombreuses espèces de lémuriens (le grand acrobate noir et blanc Sifaka, le tout petit nocturne microcèbe, les lépilémurs qui dorment toute la journée enlacés dans les bras les uns des autres et le lémur brun), nous avons quelques bonnes vidéos d’ailleurs !


Il y avait aussi des centaines d’oiseaux et mon homme m’a initiée aux joies de l’ornithologie. Je sais maintenant reconnaître les couas (huppé ou de coquerel), le très rare martin-chasseur orange flamboyant et son cousin plus commun le martin-pêcheur, le majestueux gobe-mouche du paradis, les coucals juvéniles, les drongos, la huppe faciée, les ibis et les aigrettes noirs, les bihoreaux, les guêpiers tout verts et masqués et tant d’autres… C’était assez drôle de se retrouver à arpenter la forêt, armés de nos caméras, appareils photos, jumelles et lampes torches pour les nocturnes, sur la pointe des pieds, guettant le moindre bruissement de feuille, chuchotant pour se prévenir d’une nouvelle découverte, une très belle aventure. Nous avons pu aller visiter aussi l’élevage des tortues à soc et tortues d’eau à queue plate, deux espèces menacées d’extinction, élevées pour la reproduction, puis relâchées ensuite dans leur milieu naturel. C’était chouette pour nous de les voir en chair et en carapace, car Gerald Durrell leur consacre tout un chapitre dans son livre « le Aye-Aye et moi » que nous avions dévoré quelques semaines plus tôt. Nous avons aussi pu rendre hommage à 3 majestueux baobabs, endémiques et derniers représentants de leur espèce. En effet, leur histoire est terrible et magnifique : ces baobabs sont dépendants d’une espèce spécifique d’oiseau qui mange leurs graines, les digèrent et les redonnent à la nature à travers leurs excréments. Le passage dans le système digestif de l’oiseau est nécessaire à la germination de la graine. L’oiseau ayant disparu depuis 500 ans, ces baobabs ne peuvent se reproduire. Des scientifiques ont tenté l’expérience avec d’autres espèces d’oiseaux cousines, en vain, c’était celui-là et pas un autre ! La nature n’a pas fini de nous étonner.




Et puis il y eu aussi le caméléon rhinocéros, avec sa tête de clown (son profil ressemblant étrangement à celui de mon cher et tendre, cf. la photo) et de nombreux serpents, dont un, qui n’a rien trouvé de mieux à faire que de venir ramper sur mes petits pieds dénudés (et oui, c’était pas en rando, mais vers la tente, ils m’attaquent quand je suis en tong, les malins !). J’ai poussé un cri qui a fait tremblé toute la forêt et mourir de rire Luis, le reptile quant à lui, s’est enfui sans me faire le moindre mal, plus terrorisé que moi-même !!!

Ensuite à Mahajanga, eh bien, le boulot à l’alliance française, il faut bien gagner son hébergement et ses repas de clowns ! J’ai commencé à animer un stage de danse avec les petits bouts de 4 à 12 ans, un groupe super sympa, qui me couvrait de câlins à chaque début, chaque pause, ou chaque fin de cours. J’ai aussi co-animé un atelier théâtre avec Hanitra, enseignante malgache qui débutait et avait besoin de soutien. Luis a animé un stage jonglage-acrobaties, avec très peu d’inscrits malheureusement ! Les parents ont peur de la nouveauté, ils n’ont pas osé inscrire leurs petits. Ils sont aussi victimes de la psychose qui règne en ce moment à Mahajanga, nourrie par les médias en mal de sensations fortes. Il y aurait de nombreux enlèvements d’enfants, certains corps auraient été retrouvés mutilés, découpés en petits morceaux, on n’arrive pas très bien à mesurer la part de réalité dans tout cela. Le résultat certain, c’est que les parents cloîtrent leurs enfants à la maison… Nous animions aussi ensemble, en fin d’après-midi, soit des jeux collectifs, soit la chorale, en alternance, un jour sur deux. L’occasion de nombreux fous rires et de cris avec notre bande de mômes, au désespoir des profs de français de l’alliance qui avaient bien du mal à capter l’attention de leurs élèves. L’occasion aussi de mettre en pratique la troisième voix du chant « Aoué » (merci Emma et les colocs !) que nous avons appris au téléphone ! Le stage s’est magnifiquement clôturé par une représentation à l’alliance des enfants et des clowns, sur le front de mer, au soleil couchant, s’il vous plait !

Ses stages nous occupaient tous les après-midi, nous avons donc mis à profit nos matinées pour proposer le spectacle à qui en voulait (ONG, assos diverses…). Les réponses sont restées frileuses alors que nous proposions spectacle et animation parachute gratuits, l’immobilisme malgache ! « Ah bien, on ne sait pas, nous n’avons plus d’électricité, faut louer un groupe électrogène, faut faire de la publicité, faut organiser, oh lala quelle histoire !!! » alors que les petits malgaches n’auront sans doute plus jamais l’occasion de voir un spectacle de clowns ! Même la Maison de la Culture a l’électricité coupée depuis 4 mois ! Ils n’ont pas payé les factures, du coup les artistes qui souhaitent se produire doivent fournir leur groupe électrogène ! Autant dire, qu’il ne se passe plus grand chose de culturel dans cette maison ! De plus, la psychose des enfants enlevés n’a pas joué en notre faveur, une asso nous a avoué qu’ils avaient peur que l’on enferme les enfants dans la salle de spectacle pour les massacrer ensuite. Luis et Milie, découpeurs d’enfants, on aura tout vu !!! Du coup, nous n’avons eu que deux matinées d’intervention, dans deux courageuses structures, qui ont osé prendre le risque de nous inviter ! L’association « enfants du monde » qui accueille des enfants des rues assez difficiles (le spectacle s’est bien déroulé mais le parachute s’est terminé par une bagarre), et la maison de quartier Manga où nous avons passé une superbe matinée (Luis a dû animer presque 2 heures de parachute avec les enfants, devant tous les adultes ébahis du quartier).

Nous avons aussi profité du week-end que nous avions entre les 2 semaines d’intervention pour nous rendre à Katsepy, petit village qui fait face à Mahajanga de l’autre côté de la baie. Au programme, petite ballade amoureuse sur les plages désertes le samedi et représentation du spectacle le dimanche… HUMMM !!! À l’arrivée, tout autre chose évidemment…



Moi qui espérais une baignade crapuleuse ou une sieste coquine sur la plage… Que nenni ! L’eau était boueuse et pleine de méduses. Elle ne donnait pas même envie d’y tremper le petit orteil (nous étions dans une baie et non pas faces à l’océan) et les plages visitées par de nombreux promeneurs ! Nous sommes alors partis à la conquête du cirque rouge, dont Marion (la directrice adjointe de l’alliance), nous avait indiqué l’emplacement, arpentant des kilomètres de sentiers broussailleux, rebroussant chemin, croisant zébus et lézards, sous un soleil de plomb ! Évidemment, nous n’avons jamais trouvé le soi-disant cirque rouge, nous apprendrons plus tard que nous avions oublié un détail essentiel : le cirque n’est accessible qu’à marée basse et nous l’avons cherché à marée haute, ce qui explique qu’une falaise nous barrait la route ! Quelle équipe de winners les 2 là !






Pour le spectacle, ça a bien faillit mal se terminer aussi. Le village de Katsepy était censé nous accueillir à bras ouverts, étant donné qu’il ne se passe jamais rien là-bas, hors avec notre veine habituelle, nous sommes tombés sur l’unique week-end de l’année où il y a des festivités. Et pas n’importe quelle festivité, M. le sénateur était là, accompagné d’une bande de politiciens en tout genre, un chapiteau était monté sur la petite place centrale du village, les habitants des villages voisins s’étaient tous déplacés, et une effervescence exceptionnelle régnait dans le petit bourg. Le sénateur-organisateur nous a reçu après une heure d’attente, pour nous expliquer qu’entre les discours et les concours de danses traditionnelles malgaches, ce serait très difficile de nous caser. Peut-être demain, à voir… Le lendemain débarquent alors pour nous rejoindre : Marion accompagnée de Solange, Luis (un autre !) et Fechouan, chargés d’un lecteur CD, au cas où nous parvenions à jouer. Ce qui fut finalement le cas in extremis, les officiels ayant commencé à dire vers midi que les animations étaient terminées, nous les avons rattrapés avant qu’ils ne se sauvent vers le gargantuesque repas qui les attendait, et leur avons rafraîchi la mémoire. Ils nous avaient promis une représentation en fin de matinée, nous la feront ! Ils ont daigné rebrousser chemin et nous ne les avons pas ratés en cours de spectacle ! Ils n’ont pas regretté !
Mahajanga, ce fut aussi pour nous l’occasion de se frotter aux joies de l’administration malgache, un grand moment de bonheur !!! Pour faire bref, lorsque nous sommes arrivés à l’aéroport (à notre retour des Comores) le 29 juin, nous sommes tombés sur une espèce de vieille peau de douanière (encore pire que les hommes, les femmes quand elles ont du pouvoir !) qui, alors que nous détenions toutes les pièces à présenter pour obtenir comme précédemment un nouveau visa de 3 mois, nous a tout bonnement embobiné ! Elle nous a tamponné notre passeport, a écrit « trente jours » dans l’espace prévu à cet effet, et nous a raconté qu’en vertu de la nouvelle constitution, la procédure avait changée (depuis ce matin justement !), et qu’il ne s’agissait pas là d’un visa mais d’une entrée provisoire que nous changerions sans le moindre souci au service de l’immigration, après être passés au bloc administratif de la ville pour payer notre dû. Après nous être plaints de la lourdeur de ce nouveau dispositif, nous l’avons finalement crû, naïfs que nous sommes ! Nous n’avons pas été longs à nous apercevoir qu’il s’agissait bel et bien d’un visa d’un mois, et d’un mois seulement ! Deux solutions s’offraient alors à nous : sortir du pays le 29 juillet ou fournir un dossier d’une dizaine de pièces (type certificat d’hébergement, timbres fiscaux, attestation de change de devises, …) repasser par la case départ et repayer 30 000 ariarys ! Aucune des 2 ne nous convenait, nous sommes allés nous plaindre au service de l’immigration, nous revendiquant victimes d’un abus de pouvoir de la douanière. Passant de bureau en bureau, nous avons ainsi remonté la hiérarchie jusqu’à nous retrouver face à la big boss (qui s’est avérée être une amie de la dite douanière) et qui nous a répondu « Vous savez, personne ne vous a demandé de venir à Madagascar », Luis était à deux doigts de lui en coller une ! Devant tant de bonne volonté, nous avons décidé de ne pas leur verser un centime, et de régler cette histoire à Tana. La suite (pas moins épique vous verrez !) au prochain épisode.


Et Mahajanga, ce fut enfin, le moment où nous apprenions que Mathieu, notre ami directeur de l’alliance d’Antalaha, était en train de se transformer en manager. À la réunion à Tana de toutes les alliances françaises de l’île, Mathieu n’a pas tari d’éloges à notre sujet, et nombre de directeurs se sont dits vivement intéressés pour nous recevoir. Résultat, nous bûchons depuis sur l’organisation d’une tournée (qui l’aurait cru au départ du voyage ?), Mathieu faisant le lien entre nos propositions et les demandes de chaque alliance. Dans l’état actuel des choses (mais les réajustements ne sont sans doute pas terminés), nous tournons du 16 août au 30 octobre, dans les alliances de Sainte-Marie, Morondava (à confirmer), Tuléar, Fort-Dauphin, Ambositra, Fianarantsoa, Antsirabe, Tananarivo et Tamatave. Plein de boulot en perspective, plus beaucoup de temps pour visiter le pays, mais quels souvenirs !!!



Voilà en gros nos aventures mahajangiesques ! Je ne m’étendrais pas sur ma 3ème angine malgache en 3 mois. Elle aura surtout eu comme effet de me décider à arrêter mon traitement antipaludéen. La doxycycline (qui m’a été prescrite par un médecin réunionnais) est un antibiotique qui agit contre le palu, mais qui doit sans doute participer à fragiliser mes défenses immunitaires. J’ai tout stoppé, on verra si les angines disparaissent. Luis, lui, ne prend rien depuis le début du voyage et pour l’instant pas de crise, pourvu que ça dure !






Je ne m’étendrais pas non plus sur le tourisme sexuel qui nous écoeure de plus en plus. Les rues sont pleines de vieux vahazas rougeauds au bide graisseux qui se baladent avec leurs jeunes et jolies malgaches, leur faisant miroiter des avenirs meilleurs en agitant quelques billets. Elles, crédules, espèrent un mariage, un départ en Europe, au pire un peu de monnaie. Il y a sans doute quelques rares histoires d’amour dans tout cela. Mais nous avons été témoins de conversations abjectes entre hommes expatriés, débattant sur les culs et les couleurs des chattes (je cite !), et que plus elles sont jeunes, meilleur c’est ! À vomir ! N’allez surtout pas chez « Marco Pizza », le patron sera malheureusement quoi faire de vos sous…





Pour finir, Mahajanga ce fut de très bonnes bouffes (nous regretterons ces bonnes tables et le charme de ses brochettes sur le front de mer au coucher de soleil), le tressage de mes cheveux (Luis passe ses journées à me dire que je suis trop belle, je commence à craindre le moment où je vais devoir les enlever), une sublime expérience, près de la plage de Grand Pavois, avec six sifakas (dont une maman et son tout petit) venus lécher les mains et le bout du nez de Luis après nous avoir scruter de près à la recherche de quelques fruits ou feuilles… en vain (hors de question de nourrir ces lémuriens en totale liberté) et aussi de très bons moments en compagnie de Marion, Jean-Jacques, Chantal, Fechouan, Luis, Solange et les autres… Merci à vous pour tout.

Sur ce je vais clore le chapitre, je n’ai pas réussi à être très synthétique, tant pis pour la mission !

J’embrasse très fort tous ceux que j’aime, et même les autres, tiens, soyons fous !

Milie.

vendredi 13 juillet 2007

Enfin les cartes !!!


















Voilà enfin les cartes, avec notre parcours, tant attendues depuis si longtemps... par certains !

jeudi 12 juillet 2007

Les clowns et Madagascar

Notre tournée Malgache...à suivre.

lundi 9 juillet 2007

On continue avec les Comores... pour les courageux lecteurs !!

Et puis, il y a eu Mohéli, la majestueuse Mohéli.

La plus petite des îles de l’archipel (30kms de long sur 10kms de large), la moins peuplée (35000 habitants) et sûrement la plus préservée et la plus protégée grâce à son peuple soucieux de son environnement.

Cette île est encore plus belle que n’importe quelle carte postale paradisiaque ou vos rêves les plus fous en matière d’île déserte que la nature domine. Ici, vous pouvez marcher le long des plages superbes de sable blanc pendant des heures sans rencontrer qui que ce soit. Absolument aucun touriste étranger ne vient dans cette île méconnue et qui pourtant regorge de richesses naturelles. C’est l’un des meilleurs spot de plongée au monde et pourtant il n’y a pas de centre de plongée touristique. L’avantage écologique pour cette île, ou l’inconvénient économique pour ses habitants, réside dans le fait que les occidentaux n’orientent pas leur choix de vacances pour des pays musulmans. Tant mieux pour nous.

C’était la première fois que nous prenions un petit coucou pour faire la liaison entre les deux îles. 17 passagers et deux pilotes. Aucun steward pour vous servir ou pour expliquer les consignes de sécurité en cas de crash dans la mer. De toute façon, on avait beau chercher, impossible de mettre la main sur les gilets de sauvetage ! Une de nos belles rencontres, Alban, avait eu un accident, il y a quelques mois, avec cet avion lors du décollage. Il n’avait tout simplement pas voulu décoller et a fini dans le décor près de la mer. Les passagers étaient rentrés à l’aéroport à pied, après avoir pris auparavant leurs bagages situés à l’arrière de l’avion !

Anedocte qui nous restait dans la tête au moment du décollage. Surtout que les pilotes évaluent la surcharge de l’avion par rapport au niveau d’aplatissement des roues. Si elles sont à moitié gonflées, alors l’avion peut partir. Plutôt rassurant !

Mais le vol se déroula sans encombres, il nous permit même de traverser d’ouest en est Grande Comore et d’admirer les différents paysages qui la composent. Des plages de sables fin ou de roches volcaniques au volumineux volcan qu’est le Karthala (2630m) déchirant les reliefs de l’île par ses nombreuses coulées de lave.

Arrivée à l’aéroport (à peine plus grand que notre maison) de Fomboni, la capitale de Mohéli. Nous avons été accueillis chaleureusement par le directeur de l’alliance française de l’île, Ahmed Bourat. Avec lui, tout est possible, rien n’est un souci. Cet ancien d’un grand charisme, d’une joie de vivre et d’une volonté de faire plaisir à tous ses invités lui avait valu le sobriquet de Papaoui. Il nous emmena à la pointe sud est, dans le charmant petit village d’Itsamia, où les garde-bœufs et hérons cendrés couvent paisiblement leurs futures progénitures dans les baobabs, où les roussettes, variété de chauve-souris diurnes présentes partout aux Comores, font près de 80 cms d’envergure et où l’écotourisme est de prime. Le week-end étant consacré au deuxième tour des présidentielles, il nous était impossible de se donner en spectacle… c’est ce que l’on pensait tout du moins. Et puis nous voulions profiter d’un des plus beaux endroits de l’Océan indien en matière de plongée. Un peu de repos ne nous ferait pas de mal après 3 jours de spectacle d’affilée. Seulement en arrivant, dans notre élan de vouloir toujours faire rire et rêver les gens, nous avons tout de même demandé aux villageois s’ils étaient intéressés pour voir des clowns chez eux. Cinq heures plus tard, Matou, le responsable du parc marin et de la protection des tortues marines dans cette région, avait installé le nécessaire pour pouvoir jouer devant « la maison des tortues ». Et voilà que chaque villageois avait apporté sa chaise pour assister à quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu auparavant. Ils pouffaient de rire à chaque gag, restaient bouche bée devant nos tours de magie (certains parlaient de « miracle » ou de « démons »), partaient en courant quand je m’énervais ou je m’approchais des femmes afin de les séduire, pleuraient quand Milie quittait la maison…


Tous ne parlaient que de cela toute la nuit, certains en ont rêvé, d’autres l’avaient ébruités le lendemain jusqu’à Fomboni, à 25 kms du village !

Matou nous emmena voir, plus tard dans la nuit, les tortues marines qui venaient sur les plages d’Itsamia pour y pondre leurs 130 œufs. Spectacle magnifique de voir cette trentaine de mastodontes de plus de 100 kilos pondre des balles de ping-pong. Pour ce faire, elles remontent la plage à la recherche d’un sable bien humide avant de creuser un énorme trou à plus de 50 centimètres de profondeur. Ensuite, grâce à ses pattes arrières, elles creusent un autre trou en forme de poche où elles déposent ses œufs puis le rebouche avant de rejoindre la mer. Le tout s’est fait en deux heures.

Déçus de ne pas avoir pu voir les bébés tortues sortir de leur trou dans la nuit, nous avons décidé de retourner le lendemain matin sur ses plages aussi magnifiques que désertes. Une fois de plus nous n’avions pu qu’apercevoir les traces que ces centaines de bébés avaient pu laisser quelques heures auparavant. A leur éclosion, soit deux à trois mois après la ponte, tous les bébés tortues creusent ensemble vers le haut afin de remonter le tunnel vertical que leur mère avait bouché. C’est là que le drame commence : sur les 130 œufs, seulement une centaine réussira à éclore. Puis à la sortie du trou, ils doivent affronter les hordes de crabes la nuit et tenter de rejoindre la mer le plus vite possible avant que les corbeaux pies et les rapaces ne les attrapent dans leurs serres pour les manger. Plus des trois quarts des bébés seront déjà morts avant d’arriver dans leur milieu naturel. Mais une fois dedans, ils doivent éviter les poissons et encore ses prédateurs volants qui n’hésitent pas à revenir à la charge pour les attraper – un jeu d’enfant pour eux car les bébés tortues n’arrivent à nager qu’en surface. A peine 10% des bébés arriveront finalement à survivre. Dur dur la vie d’une tortue. Heureusement, elles se rattrapent par la suite en vivant plus d’une centaine d’années en moyenne, si évidemment elles ne sont pas chassées par l’homme pour les manger. Les femelles sont une proie très facile pour les braconniers car ils n’ont qu’à attendre leur arrivée sur la plage pour les attraper. Les mâles quant à eux ne reviennent plus jamais sur la terre ferme, c’est pour cela qu’il y a de plus en plus de mâles que de femelles aujourd’hui. Et bien qu’à Itsamia, les villageois soient très sensibilisés sur la protection des tortues, les braconniers viennent des villes ou îles voisines pour continuer ce saccage. Ils dénichent les œufs, mangent et exportent la viande et vendent les carapaces. Et tant qu’il y aura des clients assez stupides pour les acheter, les tortues - comme bien d’autres espèces en voie d’extinction - ne connaîtront jamais la paix.

Déçus de ne pas pouvoir faire un peu de plongée pour nager avec les tortues et les raies, car la mer était trop mauvaise - l’hiver et les alizés étaient arrivés une semaine avant - et dépités de ne pas avoir vu un banc de bébés tortues, nous décidions de rebrousser chemin. C’est à ce moment là que l’on aperçu au loin une nuée de corbeaux pies et d’aigles se ruant sur le sable. Ni une ni deux, comprenant ce qui se passait, nous courûmes vers les « lieux du crime » pour tenter non pas de sauver, car il ne faut pas intervenir dans l’ordre naturel des choses, cela fait partie de la chaîne alimentaire, mais seulement pour apercevoir ces magnifiques bébés. Il n’en restait plus que trois sur la plage, les autres s’étaient déjà fait dévorés ou continuaient leur vain périple sous la menace constante des aigles.

Qu’ils sont magiques ces bébés tortues. A peine plus long qu’un pouce, leur carapace luisante encore toute fragile, leur minuscule tête préhistorique attendrirait n’importe quel dur à cuire - ah non, pas les braconniers. Dans leur tentative de s’échapper de nos mains, on a l’impression qu’ils nous saluent fièrement de leurs petites pattes avant.

Nous les relâchions au bout d’un moment, non sans avoir pris le temps de leur accorder le quart d’heure de gloire qu’ils méritaient, sous l’objectif de nos appareils photos et caméras vidéos (ah ces japonais !). Ils partirent à la hâte vers la mer, les vagues les repoussant une ou deux fois, puis nous les saluâmes bien fort en leur souhaitant bonne chance dans la vie… une dernière fois… avant que les aigles et corbeaux pies ne les attrapent avec une avidité et une facilité déconcertantes. C’en était fini pour eux…

Notre prochain rendez-vous se trouvait au sud de l’île. Le village de Nioumachoua qui fait face aux magnifiques îlots entourés de lagons couleur bleu ciel, vert turquoise. Un des meilleurs spot de plongée au monde où l’on peut admirer les requins marteaux, les bancs de thons, les baleines à bosse et les dauphins entre autres. Malheureusement, la mer était vraiment trop agitée ici aussi. Moi qui voulait absolument plonger depuis des mois, voire des années, le temps se riait de nous encore une fois. De plus, impossible de sortir le parachute ou jouer le spectacle le jour des élections présidentielles, surtout dans le fief du probable futur président de l’île. Donc nous avons passé la journée avec notre nouveau camarade François, et Marie - qui nous accompagnait depuis le début à Mohéli - à jouer au tarot et à nous baigner au bord d’une plage sublime en bordure d’un lagon. Bon, c’est sûr, ça n’a pas l’air très intéressant ce que je dis là !

C’est alors que nous eûmes avec Marie la folle idée de traverser ce lagon où d’habitude, quand la mer est calme, on peut nager avec les bancs de poissons, les tortues et les raies, afin de rejoindre une petite plage déserte qui se trouvait en face. Cela faisait bien 5 ans que je n’avais pas autant nagé. Pour un ancien nageur et poloïste, il était vraiment temps que je m’y remette. 1500 mètres dans une eau vraiment agitée et tellement trouble que j’avais l’impression de faire constamment du « sur place ». Marie eut la sagesse de rebrousser chemin assez vite. Me sentant en confiance et heureux de retrouver des sensations perdues depuis bien trop longtemps, je décidais de continuer ce « défi ». Et voilà que mes palmes me jouent de vilains tours à 400 mètres du but. Les fixations ne cessent de se détacher et il s’en fallut de peu pour qu’elles ne disent au revoir à mes pieds, préférant se reposer au fond du lagon. Vu la visibilité, il n’y avait aucune chance de les récupérer. Alors je tentais de les refixer tant bien que mal, les vagues me faisant boire la tasse dans les moments où je me concentrais le plus, mes pieds heurtant des choses solides de-ci de là : rochers, tortues ou autres ? Je n’en savais rien. A ce moment-là, j’étais vraiment content de mon passé de nageur pour ne pas céder à la panique.

Arrivé enfin sur la plage promise, j’étais pris entre la satisfaction d’avoir rejoint la terre ferme, réussi ce défi personnel à la con et la peur de faire le même parcours, mais cette fois-ci à contre courant !!!

Et donc me voilà sur cette plage déserte dont je ne sais comment en sortir ! Quel naze ! J’explorais en vain les éventuels chemins, tombais nez à nez avec une énorme carapace de tortue cachée entre deux bananiers pour enfin me rendre à l’évidence que je ne pouvais traverser la forêt ou le champs de bananiers pieds nus.

Tel Robinson Crusoé, je décidais alors de suivre les traces de pas longeant la plage ! Seulement, elles finirent peu de temps après, sur les gros rochers qu’il fallu arpenter. Ensuite je me retrouvai encore bien seul dans la mangrove avec mes amis les traces de pas, les gros crabes (certains atteignent plus de 1,5 kgs) et oiseaux de cette végétation si particulière qui faisait ressurgir en moi bien des souvenirs d’Amérique latine.

Deux choix s’imposèrent peu de temps après : continuer à longer la mangrove (ce que j’aurais dû faire) ou m’enfoncer dans la forêt de cocotiers et de manioc (très beau paysage mais pas très bonne idée !). Mes pieds de petit blanc étaient mis à rude épreuve lorsqu’il fallu marcher sur des branches épineuses et des cailloux tranchants.

Et pour une fois, je regrettais de ne pas être en Inde car dans ce pays, à l’inverse d’ici, on a beau se retrouver dans un décor totalement désert, il y aura TOUJOURS un indien qui sortira de nulle part, vous empêchant de profiter de ce sentiment d’être seul au monde. Heureusement, j’aperçu assez rapidement une ligne électrique au loin qui devait suivre la route reliant le petit village de Wallah à Nioumachoua. J’étais sauvé !

Cette route bitumée défoncée et chauffée par le soleil me faisait regretter la forêt que je venais de traverser ! J’étais cependant à la fois inquiet et hilare de croiser des comoriens dans une telle tenue : vêtu d’un petit caleçon avec dans mes mains un masque, un tuba et une paire de palmes ! Situation totalement surréaliste dans un pays musulman, qui plus est le jour des élections présidentielles, où un couvre feu et une interdiction totale de circuler tout le week-end ont été décrétés afin d’éviter les fraudes électorales qui sont monnaie courantes ici !!

Mais je ne croisai pas un comorien, mais plutôt deux militaires Anjouanais postés à l’entrée du village. Je pouvais lire sur leur visage à la fois de l’incrédulité (tu m’étonnes) et de l’inquiétude devant ce « mozongo » à l’air louche. L’un d’entre eux s’écarta de sa voiture et pris son arme à la main au moment où je m’approchai de lui. Pour le rassurer, je m’accostai contre sa voiture (technique de gestion de conflits physiques et verbaux !) afin qu’il puisse penser que, d’une, il pourra m’immobiliser au cas où cela dégénère et, de deux, que je n’étais pas un mercenaire venu par bateau pour contrecarrer les élections. Vous devez sûrement rigoler mais il paraît que cela est déjà arrivé dans l’histoire de cette île.
Et voilà qu’il me pose des tas de questions aussi stupides que ses conclusions :

« Vous venez d’où ?
- De la petite plage de Mojio.
- Qu’est ce que vous êtes venus faire ici ?
- Du tourisme.
- J’ai pas entendu parler d’un bateau de touriste qui devait accoster ce week-end
- C’est normal, je suis venu en voiture.
- En voiture ? Ca c’est pas possible monsieur.
- Bah si, regardez y a bien une route sous nos pieds !!
- Donc vous venez d’où ?
- D’Itsamia, je suis arrivé hier.
- C’est pas possible, la route d’où vous venez mène à Wallah. Itsamia, c’est de l’autre côté de l’île.
- Merci, ça je sais. Mais je vous ai dit que j’arrivais de Mojio. Je viens de traverser la baie, je suis arrivé sur la plage de Mojio, j’ai eu des problèmes de palmes, j’ai préféré rentrer à pied jusqu’à l’hôtel des baobabs où je dors, et là je suis perdu.
- Mais par là, c’est pas Mojio, c’est Wallah.

- Vous êtes sûr que vous êtes d’ici ? Bon…euh…comment vous faire comprendre qu’il y a plein d’autres endroits que Wallah par là ?
- Votre passeport s’il vous plait. »

A ce moment là, j’ai cru que j’allais éclater de rire, mais je me suis difficilement retenu. Comment pouvait-il penser en me voyant dans un pareil accoutrement et encore tout mouillé que je puisse avoir mon passeport sur moi ?!!!!!!

Je lui dit « calmement » que mon passeport était à l’hôtel et qu’il était le bienvenu s’il voulait le vérifier mais que maintenant je voulais arrêter de me promener à moitié nu devant les villageois, et surtout villageoises, car cela me m’était mal à l’aise.

Comprenant la stupidité de sa question, je pense, il décida de me laisser tranquille tout en me disant qu’il viendrait jeter un coup d’œil à mon passeport le soir même. Je ne le revis jamais. Un villageois me ramena jusqu’à mes amis et ma chérie qui s’inquiétaient de me voir au loin, immobile dans la baie, avant de se rendre compte que ce n’étaient que deux rochers sortant de l’eau !!

Le soir même, la fête commença au loin en apprenant les résultats des élections. Mohamed Ali Saïd, le petit enfant du village, était élu président avec une très large avance. La veille, toute la nuit, et pendant toute la journée, les partisans du président sortant Fazul et ceux de Ali Saïd, n’avaient cessé de s’épier afin que les uns ou les autres n’entrent chez les gens pour les corrompre avec un peu ou beaucoup d’argent.

Le gérant tout heureux de la nouvelle, nous apprît le lendemain avec tristesse que l’un de ses fils avait été légèrement brûlé par de l’eau chaude à cause d’une partisane de Fazul déçue. Elle avait lancé de l’eau bouillante sur ceux qui fêtaient pacifiquement la victoire de son adversaire. Alors que d’autres pro-Fazul avaient rejoint les soi-disant adversaires, mais avant tout voisins, amis ou famille pour faire la fête avec eux jusqu’au petit matin !!!

Le responsable du croissant rouge à Mohéli, Ambdi Madi Boina, nous avait invité à à jouer dans son village de Ouanani. A notre arrivée, tous les villageois furent agréablement surpris de voir qu’enfin des étrangers s’arrêtaient chez eux - sans qu’ils attendent un taxi brousse vers l’est pour Itsamia ou l’ouest pour Nioumachoua et Wallah. C’était avec une grande joie et une grande curiosité que les petits comme les grands vinrent scruter le moindre de nos faits et gestes chez Ambdi Madi. Nous discutâmes des élections et comment le président sortant était détesté dans ce village également. Beaucoup ici sont, ou on été, des fonctionnaires dont les non paiement de salaires s’élevaient à plusieurs mois ou années. Il paraît que le jour des élections, une camionnette des partisans de Fazul s’était promenée dans le village pour racoler les potentiels électeurs (mais où étaient donc les observateurs internationaux pendant ce temps-là ??) Du coup, beaucoup ont pris l’argent de Fazul et ont quand même voté pour Ali Saïd, question de reprendre un peu ce qu’il leur était dû depuis 5 ans et d’arnaquer doublement leur ancien arnaqueur de président en votant pour son adversaire !

On nous procura un générateur pour jouer près du terrain de foot situé en plein centre ville. Puis l’artiste du village, Papaké, vint à notre rencontre pour être notre complice le temps d’un spectacle. Du haut de ses 1,90m et coiffé à la « Jackson Five », dont ses cheveux se finissaient par deux mini tresses à la gauloise, Papaké avait un look unique sur son île, peut-être même dans tout l’océan indien ! Je ne pus m’empêcher de toucher sa moumoute au début du spectacle pour voir si ce n’était pas une imposture capillaire. Il s’averra que non lorsqu’il fit la grimace au moment où j’ai tiré un peu plus fort. Bref nous avions briffé Papaké sur ce qu’il devait faire et il nous fit comprendre, qu’en tant qu’artiste, il avait l’habitude de cela et avait parfaitement compris son rôle. Tout comme les villageois, il fut tellement happé par notre spectacle, si unique en son genre pour eux (nos tours de magie nous ont conféré - une fois de plus - un statut d’être supérieur, être qu’il fallait craindre et respecter), qu’il en oublia totalement de mettre la musique ou de jouer de la percussion au bon moment. Il laissa des blancs si énormes que tout le monde se demandait pourquoi on ne continuait pas à jouer !!

Autre anecdote, beaucoup moins drôle celle-ci. Notre spectacle attira tellement de monde qu’un jeune motard traversant le village ne prêta plus attention à la route, l’espace de quelques secondes, préférant regarder cette masse autour des clowns. C’est au même moment qu’une petite fillette du village décida de traverser sans regarder la moto qui arrivait. Et Boum, ce fut le drame. La fillette n’eut rien de cassé heureusement. Cependant pour le motard, c’était une autre affaire. Il descendit immédiatement de sa moto et s’en éloigna assez rapidement, comprenant ce qui allait lui arriver. En moins de cinq secondes, tous les villageois s’étaient rués sur lui. À 70 contre 1, il allait être lynché sur place et il n’opposait aucune résistance. Telles sont les lois tribales quand la justice d’un pays n’existe pas. Alors sans vraiment réfléchir aux conséquences, je vins prêter main-forte aux deux seuls villageois qui tentaient de le protéger des coups de poing, des coups de pied, de le mettre complètement nu - pour lui voler ses affaires - ou des noix de coco qui se fracassaient contre son crâne. Et me voilà, déguisé en clown, au milieu de cette cohue hystérique, espérant que par mon statut de rigolo et de sorcier accomplissant des miracles, comme faire disparaître et réapparaître des foulards, je ne me prenne pas non plus des coups. Et effectivement personne ne me toucha, tandis que les deux protecteurs se faisaient insulter par le reste du village. Ils réussirent malgré tout à s’écarter de la foule pour l’emmener jusqu’au poste de gendarmerie, où il a dû passer un sale quart d’heure. Ça, je n’en su rien car, deux minutes plus tard, presque toute la foule en délire revint autour de la scène pour voir la fin du spectacle en toute sérénité !!! Nous restions tous les deux comme deux personnes prises entre l’étau et le marteau. Devions-nous arrêter le spectacle en guise de protestation, risquant de nous attirer une nouvelle colère des villageois - qui auraient trouvé les clowns beaucoup moins drôles et les sorciers beaucoup moins « intouchables », ou devions nous aller jusqu’au bout pour calmer les esprits - en se disant qu’il valait mieux pour le motard être entre les mains de la gendarmerie plutôt qu’entre celles des villageois ? Ambdi Madi, son fils sur ses genoux qui attendait avec impatience la suite, nous fit signe de continuer sans nous préoccuper pour le motard. Nous reçûmes une ovation générale à la fin du spectacle avec, en prime, des chants de rappel à n’en plus finir et un cortège d’enfants qui nous suivirent jusque chez Ambodi Madi !!! Matinée vraiment inoubliable !

La journée se finissait en apothéose par un spectacle non moins mémorable pour les villageois de Miringoni, à l’autre bout de l’île (heureusement qu’elle est petite !) où certaines femmes me fuyaient et où d’autres, poussées par les villageois, étaient prêtes à m’embrasser sur la joue pour 20 euros, nouveau « gag » dont nous faisions la première expérience. Il faut dire qu’aux Comores, comme dans beaucoup d’autres pays, moins à Mohéli paraît-il, certains citadins riches (notamment des grands notables) n’ont aucun scrupule à partir dans les villages chercher une jeune fille de famille pauvre. Ils promettent à ses parents (ces derniers voyant là une occasion unique d’avoir une bouche en moins à nourrir et, pour elle, d’échapper à la misère qu’ils ont toujours connue) que leur fille aura une éducation, qu’ils la nourriront bien et qu’elle vivra heureuse.

Seulement dès le premier pas dans sa nouvelle maison, la très jeune adolescente se voit munie d’un tablier de cuisine, d’un balai, d’un seau d’eau et d’un fer à repasser pendant de nombreuses années, et tout cela sans jamais voir un jour l’ombre d’un cartable, d’un crayon ou d’une paire de ciseaux (ah si… Pour la couture…).

Et si elle a le malheur d’en parler à ses parents ou qu’elle tient tête à ses tortionnaires de maison, il y aura toujours quelqu’un pour s’ « occuper d’elle » de façon très intime.

Heureusement des campagnes de sensibilisation sont de plus en plus fréquentes dans les villages pour éradiquer ce fléau social qui semble peu à peu décroître. Mais il est encore monnaie courante à Moroni par exemple. Alors je comprenais pourquoi cette villageoise à la fleur de l’âge était prête, poussée - dois-je le rappeler - par les autres villageois, à corrompre ses convictions personnelles et religieuses pour faire un petit bisou à un clown abject… et surtout pour 20 euros !!

Ce fut à l’alliance française que nous avons joué notre dernier spectacle à Mohéli. Programmé la veille mais intelligemment repoussé au lendemain par Papaoui car, Fomboni étant en effervescence au lendemain de la victoire d’Ali Saïd (certains villageois – après avoir fait la fête toute la nuit – avaient marché des quatre coins de l’île pour venir à la capitale), personne n’avait guère envie de voir des clowns ce jour-là. Notre public était principalement composé d’élèves et d’adhérents de l’Alliance, presque aucun enfant n’était présent. Jouer devant un tel public était du domaine de l’inédit. Ces adolescents et jeunes adultes étaient, en plus de cela, complètement survoltés par la venue de jeunes stars de la chanson comorienne. Imaginez un concert de Patrick Bruel et vous comprendrez l’ambiance qui régnait ! Et nous, nous devions jouer derrière cela ! Au début du spectacle, nous entendions des réflexions venant de toute part et qui faisaient rire tout le monde. C’est dans ces moments-là que l’on regrette de ne pas avoir appris les vannes comoriennes ! Mais plus le spectacle continuait, moins le public parlait, il murmurait maintenant quant à nos sorcelleries et riaient à nos numéros peu communs. Il finit par applaudir chaleureusement et en redemanda encore, après être resté coi les quelques secondes qui suivirent nos remerciements - refusant que notre représentation se termine si tôt !!

Avant de partir, la troupe de théâtre, qui avait également joué un peu plus tôt dans la journée, nous fit promettre de revenir bientôt travailler avec eux pour créer un spectacle ensemble, tellement ils avaient adoré ce que nous faisions. Nous espérons franchement ne pas rompre cette belle promesse car nous étions de plus en plus amoureux de cette île et de ses habitants. Inch’allah !

Nous avons fêté cette nouvelle belle journée par une belle cuite au ti’punch « rhum charrette » à cause de mon nouvel « alcoolyte » d’un soir, François (salaud ! t’as réussi à me corrompre !!), qui nous avait généreusement accueilli comme « alcoollocataires » dans sa grande maison !!

Rentrés en coucou, la tête en vrac, à Grande Comore, nous faisait déjà beaucoup moins peur. Heureusement, nous avons eu le temps de désaoûler un peu plus grâce à son heure et demie de retard. Il nous restait que deux petits jours à passer sur l’île avant de rentrer à Madagascar. Mais assez de temps pour faire un peu de plongée au tombant d’Itsandra (enfin!!) et refaire les guignols sur la plage pour les enfants de Moroni - qui n’avaient pu nous voir jouer auparavant - mais qui nous connaissaient déjà très bien, ou plutôt qui connaissaient déjà très bien notre parachute ! C’était également l’occasion de réunir tous ceux que nous avions côtoyés pour les remercier et leur faire, non pas nos adieux, mais simplement nos « Au revoir et à bientôt !», et aussi de trinquer avec François au rhum arrangé aux scolopendres, ces espèces de gros vers de terre croisés avec un perce oreille. Dégueulasse. Ne même pas en donner à ses pires ennemis. Il paraît que la bouteille était là en guise de décoration !

Nous remémorant l’épisode à l’aller du surplus de voyage et surtout la stupidité dont nous avions fait preuve - et qui nous avait coûté une somme colossale - nous étions fort décidé à ne pas refaire deux fois la même erreur. Transportant un maximum de poids dans nos bagages à main et habillés comme des expéditeurs partant pour l’Himalaya, nous espérions ne pas donner le moindre franc comorien à Air Madagascar.

39,2 Kilos sur 40 autorisés ! Chanceux ! Enfin cela était sans compter le surplus de 10 kilos qui se trouvaient dans chacun de nos bagages à main. Mais nous avons volontairement omis (il y va de soi) de les peser et de les enregistrer, comptant sur la « vigilance » des policiers et douaniers comoriens pour passer les contrôles sans notre petite étiquette de check-in. Par ailleurs, du fait du poids conséquent qu’elles représentaient, la trousse à pharmacie, celle à médicament et la tondeuse, faisaient en autre partie des objets contenus dans nos bagages à main. Bien entendu, des tas d’objets « illégaux », telles que ciseaux, médicaments, rasoir électrique, et bien sûr lime à ongles (Ah ! Que les « Têtes à claques » me manquent ! http://www.tetesaclaques.tv/ pour ceux qui ne connaissent pas encore ce petit bijou de site), ne pouvaient passer le contrôle scanner et bientôt ils découvriraient notre petite supercherie. Et bien, à notre plus grande surprise et pour notre grand bonheur, mais aussi à notre plus grand désarroi – car il faut se rendre à l’évidence que n’importe qui peut transporter n’importe quoi, ou dépasser la charge autorisée, sans que quiconque vienne vous dire quoi que ce soit – nous avons passé les contrôles avec une facilité déconcertante. Mais peut-être pouvons-nous dire que c’est tout à leur honneur de ne pas céder à la psychose mondiale du « tout sécuritaire », spécialement lorsque l’on connaît la tension politique qui règne dans cet archipel.

Nous partions enfin après avoir attendu pendant presque deux heures ce « décolle tard » qui répète ces vices quotidiennement à Antananarivo. Y’a t-il seulement un moyen de transport qui soit à l’heure à Madagascar ? Si oui, écrivez-nous ! Son retard fut compensé par le confort et la vue qu’il a pu nous fournir. Enfin un avion ne faisant pas de bruit et nourrissant plus en nous une certaine nostalgie, en surplombant tout l’archipel et notamment Mohéli, que le casse croûte qu’on nous servit !

Dès notre premier pas sur le sol comorien, nos affaires d’hiver furent vite retirées tellement la chaleur était plus imposante qu’aux Comores. A Mahajanga, il ne pleut presque jamais et, heureusement, l’hiver vient de débuter avec seulement ses 35° !

Mais ce fut plus les autorités que le temps qui échauffa réellement nos esprits à l’aéroport. Depuis le matin même, les lois de la nouvelle constitution (refusée à plus de 70% des malgaches en avril dernier, mais tout de même adoptée par le président et garant de la démocratie de son pays !) venaient d’entrer en vigueur en matière de renouvellement de visas. Auparavant, les touristes avaient le droit à 3 mois dès leur arrivée à l’aéroport. Aujourd’hui, ils doivent passer au « bloc administratif » pour évaluer la durée du séjour ! Nous voilà donc en possession d’un visa provisoire valable 15 jours. Pas étonnant que le tourisme soit en baisse dans ce pays magnifique. Les autorités font tout pour ne rien faciliter aux étrangers de passage. Cependant, il y a toujours du bon dans tout cela car l’Alliance Française n’aurait pu faire aucune modification de visa si l’on avait payé sur place pour ces trois mois et nous aurions finalement été obligés de quitter le pays au bout de son expiration. L’Alliance devrait normalement nous délivrer un visa « de courtoisie » afin de pouvoir travailler avec elle dans les prochains mois. Beaucoup de beaux projets en perspective, beaucoup de confirmation avant de s’enflammer.

Et nous revoilà à Mahajanga pour 15 jours à travailler avec l’Alliance française de la ville, à manger de succulents repas de rue pour une somme dérisoire, à découvrir un des plus beaux parcs naturels du pays et bien sûr à faire les clowns.

Pour finir (enfin !!), nous sommes passés à l’agence maritime voir si l’on pouvait changer nos francs comoriens contre des aryares malgaches et faire un petit coucou à notre ami Hassan, le directeur, qui nous avait vraiment aidé dans nos démarches administratives et déconseillé d’attendre son bateau qui devait nous emmener aux Comores. Il y a trois semaines, l’ « Ile de Mohéli » devait quitter le port de Mahajanga, non le 15 comme il était prévu mais plutôt vers la fin du mois de juin. Aujourd’hui, ce bateau n’est toujours pas parti. Pire, il ne devrait être opérationnel qu’à partir de mi-juillet, donc début Août !

Quelle bonne idée avions-nous eu ce jour-là de prendre le « décolle tard » malgache pour vivre cette aventure inoubliable !

Luis

Stress à Mohéli !


Encore une fois, sans commentaire. Enfin, si vous pouvez en faire !

vendredi 6 juillet 2007

Enfin les photos.

Ca y est ! Après quatre jours de tentatives infructueuses, j'ai enfin réussi à mettre les photos de Grande comore (en attendant les plus belles encore de Mohéli) et celles du spectacle sur le blog.
Il ne reste plus que la fin du voyage à Mohéli (pas encore fini car il est aussi long sinon plus que le précédent), les cartes et itinéraires à actualiser (promis c'est pour bientôt) et notre retour à Madagascar qui nous a encore réservé bien de belles surprises... et de nouvelles aventures en perspective à raconter.

A bientôt.

Les clowns.

P.S : Je sais que tout le monde est en vacances mais cela nous ferait parfois plaisir, en dehors de nos fidèles lecteurs qui nous répondent, d'avoir quelques messages de votre part. Il suffit juste de cliquer sur "commentaires" à la fin des articles que nous écrivons.

Des photos qui énervent !!!

Grande Comore. Sans commentaire !